Il n’est pas rare qu’un événement tel que l’incendie de Notre-Dame ou le récent pillage du Louvre suscite une vague d’émotion au sein d’une nation entière. Cela témoigne de notre culture commune. Notre relation à cette dernière a profondément évolué depuis l’avènement de la modernité et continuera sans aucun doute de se transformer. Mais vers quoi ?
Peut-être est-ce au fond de l’étymologie des mots, au bout de leur déconstruction, que naissent les prédictions les plus pertinentes. La compréhension des multiples nuances d’un terme offre un avantage certain pour analyser les tendances profondes d’une société et, par ricochet, les événements à venir.
La philosophe allemande Hannah Arendt revient sur la racine latine du mot Culture : cultura, qui vient lui-même de colere, c’est-à-dire entretenir, prendre soin, cultiver. Cicéron reprend ce mot pour en étendre la signification en parlant de cultura animi, le soin apporté à cultiver son âme. Cette définition s’applique certes à la philosophie, mais le mot embrasse un territoire plus vaste en englobant également le culte, la religion (religare, relier).
Ainsi, la culture cultive les âmes pour relier les hommes par-delà les générations. Elle tisse entre les vivants et les morts ces fils invisibles qui font tenir ensemble une civilisation. Elle joue le rôle d’une religion séculière, d’un monde commun qui transcende la mortalité pour offrir une certaine immortalité à l’existence humaine.
Mais depuis Cicéron, les sociétés occidentales se sont radicalement transformées, particulièrement depuis les débuts de l’âge moderne. Tocqueville l’avait admirablement résumé dans De la démocratie en Amérique :
L’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part1.
La société a changé de nature. Jusqu’à menacer la culture qui nous relie ?
C’est ce que nous allons voir maintenant.


