Extrait du Discours de la servitude volontaire.
N’est-ce pas ce que veut dire l’éléphant qui, s’étant défendu jusqu’à n’en pouvoir plus, ne voyant plus d’issue, étant sur le point d’être pris, enfonce ses mâchoires et casse ses défenses contre les arbres, tant le grand désir qu’il a de demeurer libre tel qu’il est lui donne de l’esprit et l’incite à marchander avec les chasseurs pour savoir si pour le prix de ses défenses il en serait quitte, et s’ils accepteraient qu’il donne son ivoire, et paye cette rançon pour sa liberté.1
L’éléphant de La Boétie ressemble étrangement au citoyen européen du XXIème siècle. Comme lui, ce dernier n’a jamais interrogé sa propre liberté. Comme lui, il redécouvre soudain ce que les générations précédentes ont connu : le risque d’en être privé.
Car la liberté reste pour l’Occident la grande « idée force », « la grande motrice des derniers siècles », comme l’écrit René Grousset dans son Bilan de l’Histoire2. Comment ce flambeau a-t-il résisté à la tempête des passions humaines ?
Ce socle de la civilisation occidentale procède d’une longue construction politique et philosophique. Pierre Manent, compagnon de route de Raymond Aron et cofondateur de la revue Commentaire, nous propose son analyse dans l’Histoire intellectuelle du libéralisme, ouvrage édité à la fin des années 1980.
Revenons avec lui sur le processus de notre émancipation.

