Napoléon : l'homme Histoire
Portrait en paradoxes
Bonjour à tous,
Le nombre d’abonnés à cette newsletter a explosé le mois dernier et la tendance s’accélère en ce début d’année. Juste un mot : Merci. Et un second : Bienvenue !
Bonne lecture,
Alexandre
Ce tableau raconte mille ans d’histoire de France mieux que de longs et très renseignés ouvrages sur notre pays. Tout est là ce 2 décembre 1804 : la cour, le monarque, l’Église. Quand Napoléon porte sur le haut de son crâne la couronne de l’empereur qu’il devient, Pie VII, condamné au rôle de simple spectateur, semble faire allégeance au nouveau souverain qui marque par ce geste sa volonté d’exercer le pouvoir sans partage, comme Philippe le Bel autrefois avec Boniface VIII.
Regardez bien à la droite de la scène : un personnage bien connu des Français sourit de la démesure du moment. Nous y reviendrons plus tard.
Je suis comme beaucoup d’entre nous qui trouvent le parcours de Napoléon ambivalent. Sommes-nous condamnés à toujours aimer le détester ou à nous reprocher de l’admirer ? C’est que l’œuvre de l’homme, lui-même décrit par Chateaubriand comme « le plus puissant souffle de vie qui jamais anima l’argile humaine », est une somme de contradictions apparentes que je vous propose de passer en revue ici.
Du bouclier de la Révolution au monarque absolu
« Bonaparte venait, sous les formes monarchiques, continuer la Révolution dans le monde. » La formule est d’Adolphe Thiers et résume sans doute la plus grande contradiction du premier Empire : se revendiquer, en tant qu’autocrate, comme le grand sauveur de la Révolution française. Pour comprendre cette bizarrerie, il faut remonter à la situation de la France avant le Premier Empire.
Après l’épisode sanglant de la Terreur, le risque d’une Restauration est de plus en plus présent. L’économie est à bout de souffle, l’insécurité explose, l’administration est totalement désorganisée, les stigmates de la guerre de Vendée et des invasions à l’Est du pays ajoutent à la morosité du panorama. On le voit dans les urnes aux élections législatives de 1797 qui sacrent les monarchistes, provoquant par réaction le coup d’État du 18 fructidor organisé par les membres du Directoire qui souhaitent ainsi étouffer le pouvoir législatif. Déjà Bonaparte, alors en pleine campagne d’Italie, menace de marcher sur Paris afin de contrer une éventuelle tentative de Restauration. Car la Révolution, ou ce qu’il en reste après l’aventure robespierriste et la prise du pouvoir par le Directoire, est clairement menacée.
Issu d'une petite noblesse de la périphérie (la Corse), révolutionnaire modéré (une fois oubliée une fugace tentation robespierriste), vainqueur célébré de campagnes militaires en Italie et en Égypte, où il a étonné par sa capacité à gouverner ses conquêtes, il intéresse très tôt ceux qui cherchent un sabre pour les aider à canaliser (ils disent : "sauver") la Révolution.1
Malgré ce coup de menton du 18 fructidor, la situation ne s’améliore pas. L’instabilité politique empêche toujours le maintien de l’ordre, dans la rue, dans les assemblées, dans les comptes. Le pays est ruiné et les nouvelles classes de « propriétaires » et de « notables » apparues pendant la période révolutionnaire grâce à la vente des biens nationaux n’aspirent qu’à le retrouver.
Tout le monde devenait conservateur. Les uns étaient las depuis longtemps du désordre et des excès. Les autres voulaient consolider le nouveau régime et comprenaient la nécessité d'un retour à l'autorité et à l'ordre. Le dégoût et l'inquiétude livrèrent la France à Bonaparte.2
L’objectif du Directoire est donc d’aller plus loin que le 18 fructidor en instaurant un régime nouveau plus stable, imaginé par Emmanuel-Joseph Sieyès, ancien prêtre devenu figure de la Révolution et membre du Directoire. Cela sera le coup d’État du 18 brumaire.
Le coup d'État de brumaire, loin d'être dirigé contre la Révolution, était destiné à la sauver.3
Et c’est avec ce mandat que commence le Consulat, dirigé par Napoléon en compagnie de Sieyès et Ducos pour réfléchir à la prochaine constitution. Se méfiant de Bonaparte et de ses ambitions personnelles, l’ancien prêtre lui propose un poste d’électeur à vie. La proposition est très mal accueillie par ce dernier qui, bénéficiant du soutien populaire, passant étonnamment pour le vrai républicain, élimine Sieyès du petit groupe chargé de terminer la rédaction de la Constitution. Ils proposent et Bonaparte dispose non sans les avoir épuisés. Mais finalement, la Constitution de l’an VIII est bouclée après onze nuits de débat.
Elle sera adoptée par la voie (truquée4) du référendum avec trois millions de suffrages favorables. Ses différents succès à l’intérieur comme à l’extérieur (notamment la paix d’Amiens qui met fin à dix ans de guerre en Europe) l’amènent petit à petit au sacre du 2 décembre 1804. D’abord sous la forme d’une reconduction de dix ans de son mandat de Premier Consul, puis Consul à vie ayant le droit de choisir son successeur (en août 1802), et enfin Empereur. Le tout validé par plébiscite. Ce qui fit dire à Adolphe Thiers dans sa monumentale Histoire du Consulat et de l’Empire :
Placer une couronne sur cette tête précieuse et sacrée, sur laquelle reposaient les destinées de la France, c'était y placer un bouclier qui la protégerait contre les coups des ennemis. [...] De cinq directeurs nommés pour cinq ans, on avait passé à l'idée de trois consuls nommés pour dix ans, puis, de l'idée de trois consuls, à celle d'un seul de fait, ayant le pouvoir à vie. Dans une telle voie on ne pouvait s'arrêter qu'après avoir franchi le dernier pas, c'est-à-dire après être revenu au pouvoir héréditaire.5
C’est ainsi que de la volonté de préserver les acquis de la Révolution naît le Premier Empire, bien loin des idéaux révolutionnaires et de ceux du jeune Bonaparte, longtemps lecteur convaincu de Rousseau.
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De l’indépendantiste Corse au glaive de la nation
Le traité de Versailles est signé le 15 mai 1768, dix mois seulement avant la naissance de Napoléon. La Corse était génoise, elle est désormais française. Depuis des décennies, l’île était “le symbole de la résistance à l’oppresseur” (dixit Jean Tulard), depuis des insurrections populaires contre le pouvoir génois à qui elle donne du fil à retordre.
Le fils d’un des insurgés de 1729 devient le chef des indépendantistes corses : Pascal Paoli. Il repousse les Génois et fait adopter une constitution démocratique, sans doute la première du genre, qui le place à la tête de l’exécutif et refuse le traité de Versailles de 1768 qui ignore la souveraineté du peuple corse, amenant la France et les habitants de l’île à la confrontation. Après quelques mois de combats, Paoli et ses partisans sont défaits. Le chef de file des indépendantistes doit s’exiler en Angleterre.
On trouve dans l’entourage de Paoli un certain Charles Bonaparte, le père du futur empereur, issu de la petite noblesse corse. Ce lien entre les Bonaparte et l’ancien dirigeant insulaire sera transmis au jeune Napoléon avec qui il correspond malgré l’exil du second. Ainsi, la haine des Français est encore vivace dans les jeunes années du futur Consul. Voici ce qu’il écrit le 12 juin 1789 à son mentor d’alors :
Je naquis quand la patrie périssait. Trente mille Français vomis sur nos côtes, noyant le trône de la liberté dans les flots de sang, tel fut le spectacle odieux qui vint le premier frapper mes regards. Les cris du mourant, les gémissements de l'opprimé, les larmes du désespoir environnaient mon berceau dès ma naissance. Vous quittâtes notre île et avec vous disparut l'espérance du bonheur, l'esclavage fut le prix de notre soumission. Accablés par la triple chaîne du soldat, du légiste et du percepteur d'impôts, nos compatriotes vivent méprisés.6
Il est très étonnant, ayant connaissance des sentiments qui enflamment le cœur du jeune Corse, de le voir quelques années plus tard devenir à la fois le bouclier et le glaive d’une nation qu’il a détestée avec tant d’intensité. Que s’est-il passé entre le moment où il écrit ces mots et le Napoléon devenu Premier Consul ?
L’explication tient en deux mots : la Révolution.
Elle transforme théoriquement la relation entre les insulaires et les continentaux. La Corse n’est plus une colonie, c’est une partie de la France. Ses habitants ne sont plus Corses mais Français vivant à l’abri de la même Constitution que le continent. Napoléon résume alors ce changement dans une lettre à l’abbé Raynal :
Désormais, nous avons les mêmes intérêts, les mêmes sollicitudes, il n'est plus de mer qui nous sépare.7
Paoli lui-même, revenu d’exil en 1790, s’enthousiasme pour la nation française autrefois « compagnons de la servitude », maintenant « frères sous les mêmes emblèmes de la liberté » :
Le général invitait les Corses à « jurer spontanément une fidélité perpétuelle et une pleine adhésion à l'heureuse constitution qui nous réunit avec cette nation sous les mêmes lois et sous un roi citoyen ». La protection de la France révolutionnaire lui semblait indispensable pour préserver l'île de toute menace,mais il n'était pas, semble-t-il, partisan de l'assimilation totale. Il souhaitait vraisemblablement un lien fédéral. « La patrie » dans ses discours demeure la Corse, les Français ne sont pas ses « compatriotes » mais ses « confrères ». Sentiment qui paraît avoir été partagé par Napoléon que l'on trouve mêlé de près, avec son frère aîné, aux élections qui agitent l'île, élections qui assurent le triomphe des paolistes.8
Mais il arrive que le mentor répudie son élève. C’est ce qui va se passer entre Paoli et le jeune Bonaparte. Le premier semble contester de plus en plus le pouvoir révolutionnaire pour embrasser la cause indépendantiste de l’île. Lucien Bonaparte, frère de Napoléon, a cru bon de dénoncer à la société populaire de Toulon la vision séparatiste du chef de file corse et de lui attribuer la responsabilité de l’échec de la campagne de Sardaigne. Cette manœuvre hostile envers Paoli finit de consommer la rupture entre le mentor et son élève. Rupture avec le leader Corse, mais aussi avec la Corse elle-même que Napoléon se voit obligé de quitter dans la clandestinité.
C’est ainsi, par le truchement des passions humaines, que celui qui était « Corse, entièrement Corse, rien que Corse9”, se voit obligé de prendre le chemin d’un continent qu’il dominera par la force du glaive quelques années plus tard, « les circonstances » conspirant « avec son prestige et son adresse pour lui donner sans partage le pouvoir », comme l’écrivait Bainville.
De l’homme d’ordre et de paix aux guerres à répétition
Nous marchons aujourd’hui encore dans les pas du Napoléon apportant l’ordre et la paix au sein du pays les premières années du consulat. Thierry Lentz détaille les débuts de Bonaparte :
Il reprend de fond en comble la construction nationale, restaure l'autorité de l'État, finit la guerre civile dans l'Ouest et amnistie les émigrés, signe avec le pape un Concordat qui met l'Église sous la surveillance de l'État. En prime, une chaîne de traités aboutit à la paix générale, à la suite de celle signée avec l'Angleterre, à Amiens, Le 25 mars 1802. Après dix ans de guerres, la France devient la puissance prépondérante en Europe, s'étend jusqu'à la rive gauche du Rhin et chasse l'Autriche de l'Italie du Nord. Napoléon commence paradoxalement sa carrière en homme de paix.10
Impossible de parler sérieusement de Napoléon sans évoquer les multiples institutions que nous devons à son règne et qui visent à unifier encore plus la nation : Conseil d’État, préfets, Banque de France, Cour des comptes, lycées, rectorats, Légion d’honneur. Le 21 mars 1804 est promulgué le Code civil qui regroupe les lois relatives au statut des personnes, des biens et des relations entre les personnes privées.
Bonaparte avait appartenu à la noblesse pauvre de l'Ancien Régime et son entourage à l'administration de la vieille monarchie.Comment l'auraient-ils oublié au moment de réorganiser la France ? Mais celle-ci avait été transformée par dix années de révolution: ils devaient aussi en tenir compte. De ce compromis naquit, selon la formule d'Hippolyte Taine, « la France contemporaine », dont les institutions sont parvenues jusqu'à nous.11
Ce texte fusionne « le droit écrit en vigueur au sud de la France et les coutumes du nord, en vertu du principe qu’il ne peut y avoir qu’un seul droit pour une nation”12. On lui « doit » notamment le divorce, le mariage civil ou le droit à la protection de la propriété privée par exemple.
Aujourd’hui encore, ce grand texte d’égalité et de liberté civiles structure les relations entre les citoyens et l’État, avec les ajustements rendus nécessaires par le temps qui passe et les mœurs qui évoluent. Pas loin de la moitié des articles encore en vigueur sont ceux de 1804.13
L’autre redressement nécessaire de la France était celui des finances. Il ne reste, selon la légende, que 167 000 francs dans les caisses de l’État en 1799. Napoléon s’attelle au problème en appelant auprès de lui Gaudin, un ancien collaborateur de Necker. En quelques mois, le budget de l’État revient à l’équilibre et en mars 1803, trois ans après la création de la Banque de France, le pays se dote d’une nouvelle monnaie, le franc germinal qui sera utilisé jusqu’en 1914 et qui met fin à l’anarchie monétaire en remplaçant toutes les autres (écus ou Louis d’or par exemple).
Enfin, portons à son crédit la pacification de la Vendée et celle des relations avec l’Église par la signature du Concordat qui éloigne cette dernière de la Monarchie tout en la mettant sous tutelle du Premier Consul qui nomme lui-même les évêques.
Il aurait pu s’arrêter là. Il ne le fit pas. C’est sûrement son erreur la plus manifeste avec le rétablissement de l’esclavage en 1802.
En deux ans, de 1800 à 1802, tout ou presque est accompli. Si le Premier consul Bonaparte était mort à ce moment-là ou s'il s'était retiré dans quelque gentilhommière, il aurait aujourd'hui mille statues et plus encore de rues à son nom dans notre pays, pour avoir ramené la paix intérieure et extérieure, écarté tout espoir de restauration royale, conservé ce qui était irréversible de la Révolution, rendu à l'Etat son nerf avec une administration nouvelle. Mais n'ayant pas l'âme d'un Cincinnatus, il laisse ses succès attiser sa flamme d'ambition.
Car c’est bien son glaive qui va le mener à sa chute au prix d’un million de Français morts au combat. Héritier de la Révolution, Napoléon a le mandat de gagner la guerre de la deuxième coalition qui oppose la France révolutionnaire aux puissances européennes (menées par l’Angleterre) aidées par l’Empire ottoman qui souhaitent rétablir la monarchie en France. Grâce à Napoléon, le traité d’Amiens du 25 mars 1802 apporte une paix précaire à l’Europe et confirme la France comme première puissance continentale. Précaire car le Premier Consul continue d’annexer malgré le traité un certain nombre de territoires comme Parme ou le Piémont.
Scénario prévisible, la rupture est de nouveau consommée entre Français et Anglais au mois de mai 1803 après le refus des insulaires, échaudés par le non-respect du traité par Napoléon lui-même, de quitter l’île de Malte comme l’accord d’Amiens le prévoyait.
Ce qui avait changé, c'étaient les dispositions du peuple anglais, celles des commerçants surtout qui s'apercevaient que l'expansion de la France leur avait enlevé en Europe une vaste clientèle. Le chômage, ce cauchemar de l'Angleterre, apparaissait et l'effrayait tandis que les politiques, dont Pitt restait le chef, étaient bien résolus à ne jamais accepter les agrandissements de la France.14
Dès lors, Napoléon fera tout pour battre l’Angleterre. La France déclare alors une guerre économique à l’Angleterre en utilisant l’arme du blocus maritime. Une troisième coalition se forme toujours à l’instigation de l’Angleterre, et là encore, la Grande Armée l’emporte. Mais pour qu’un blocus soit efficace, il faut établir une totale étanchéité des flux de marchandises entre l’île et le continent. C’est cette logique qui amène Napoléon à se lancer dans la conquête du Portugal ou de l’Espagne.
Ainsi le blocus continental entraînait l’Empereur à des violences croissantes et à des efforts excessifs, car bientôt, pour tenir toute l’Allemagne, toute l’Italie avec les deux rives de l’Adriatique, l’Espagne, le Portugal, il lui faudra un million d’hommes à demeure sous les armes et, à mesure que ses forces se disperseront, ses violences comme ses conquêtes seront moins patiemment subies.15
La Russie ne jouant pas vraiment le jeu, il décide de l’envahir et entraîne son armée jusqu’à Moscou avant de battre en retraite et de perdre des milliers d’hommes sur le chemin du retour à cause d’un hiver particulièrement cruel. On peut donc battre Napoléon.
Si, en 1809, les succès de l'insurrection espagnole avaient encouragé l'Angleterre à persévérer et ranimé le courage des peuples conquis, en 1813, le désastre de la Grande Armée devait, bien davantage encore, déterminer l'adversaire à en finir. Les Anglais se dirent qu'il ne s'agissait plus que d'ajouter quelques sacrifices à ceux qu'ils avaient déjà faits pour en recueillir le résultat.16
Une nouvelle coalition (la septième) des dirigeants européens lui inflige cette fois-ci une sévère défaite à Leipzig en octobre 1813, le chasse du pouvoir une première fois en janvier 1814 et l’écrasera à Waterloo le 18 juin 1815 après l’épisode fameux des Cent-Jours qui le voit revenir au pouvoir pendant quelques semaines.
On imagine la satisfaction des monarchies européennes de savoir Napoléon exilé à Saint-Hélène à 2 000 kilomètres de toute autre terre. Il y aura pourtant un troisième retour de l’Empereur : celui du Mémorial de Saint-Hélène, ouvrage best-seller rédigé par Las Cases sous la dictée de l’ex-Empereur qui s’offre ainsi de diffuser sa légende jusqu’à aujourd’hui. De celle-ci va naître le Second Empire de Louis-Napoléon Bonaparte.
Conclusion
Le philosophe Hegel revient sur une conversation entre Goethe et Napoléon dans ses Leçons sur l’histoire de la philosophie :
Un jour où s'entretint avec Goethe de la nature de la tragédie, il émit alors l'avis que la tragédie moderne se différenciait de l'ancienne essentiellement en ce que nous n'avions plus aucun destin auquel les hommes succomberaient et qu'à la place de l'ancien Fatum était apparue la politique. Celle-ci devait donc être utilisée comme destin moderne pour la tragédie, comme la puissance des circonstances à laquelle l'individualité avait à se plier.17
Analyser les contradictions apparentes du parcours de Napoléon, c’est découvrir « la puissance des circonstances » qui a aidé celui-ci à devenir à la fois le fossoyeur des idées de la Révolution, celui qui les a gravées dans la « masse de granit » des institutions et exporté certaines au-delà de nos frontières comme l’égalité devant la loi .
Goethe, toujours lui, considère qu’il n’y a pas de héros pour son valet de chambre. C’est peut-être en valet de chambre que Talleyrand, connaissant bien son Napoléon, et minimisant le héros public derrière l’homme privé, semble se moquer depuis la droite du tableau de David.
Devine-t-il qu’au fond de ce Sacre, se trouvent déjà les raisons de sa chute ? Et avec elle, le désastre d’une France rétrécie au sortir du Congrès de Vienne, condamnée à payer de lourdes indemnités en plus de subir trois ans d’occupation malgré l’habileté et le savoir-faire du même Talleyrand ?
Ce qui fera dire à Jacques Bainville en 1931, éduqué par le recul qu’offre l’Histoire : « Sauf pour la gloire, sauf pour l’art, il eût probablement mieux valu qu’il n’eût pas existé. » » Mais la gloire impressionne et c’est sans doute cette nostalgie qui nous retient à son épopée, comme en témoigne un Hegel idolâtre qui décrit Napoléon comme “cet homme qui, assis sur un cheval, s’étend sur le monde et le domine18”. Il est l’incarnation de l’esprit de son temps (le Zeitgeist) dont les actions ont accéléré la naissance d’une nouvelle Europe. Ainsi, pour le meilleur et pour le pire, Napoléon et l’Histoire semblent s’être confondus.
Voilà, ça y est, grâce à Hegel j’ai enfin trouvé le titre de cette édition !
Napoléon : l’homme Histoire.
Ibid., p. 375.
Jean Tulard décrit parfaitement le tour de passe-passe du comptage des voix pour ce référendum
Adolphe THIERS, Histoire du Consulat et de l'Empire, 1845-1862.
Ibid., p. 49.
Ibid., p. 50.
Citation de Frédéric Masson dans le livre de Jean Tulard, p. 48.
Thierry LENTZ, dans l’ouvrage collectif dirigé par Eric ANCEAU, Nouvelle Histoire de France, Paris : édition Passés composés, 2025, p. 106.
Jean TULARD, Napoléon, édition du bicentenaire, éditions Fayard, 2021, p. 125.
Cette citation et la suivante, Thierry LENTZ, dans l’ouvrage collectif dirigé par Eric ANCEAU, Nouvelle Histoire de France, Paris : édition Passés composés, 2025, p.107.
Jacques BAINVILLE. Histoire de France. Paris : Perrin, 2011, p. 389.
Ibid., p. 401.
Ibid., p. 408.
Goerg Wihelm Friedrich HEGEL, Leçons sur l’histoire de la philosophie, p. 215.



