Morale de l’Histoire

Morale de l’Histoire

Qu’est-ce que l’Occident ?

Une histoire en cinq actes

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Alexandre Zermati - 📩 Histoire
févr. 05, 2026
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L’École d’Athènes, photo personnelle.

En lisant Qu’est-ce que l’Occident ?, et par esprit d’association, nous pensons tous à cette œuvre de Raphaël que j’ai pu admirer au Vatican il y a quelques années. L’École d’Athènes (1508-1512) représente les grandes figures de l’Antiquité grecque réunies sur une seule et même fresque. Comme nous l’explique Vincent K. Loly1, l’étude de l’œuvre dévoile un message de Raphaël plus symbolique que ce qu’il ne laisse voir sur la surface des murs de la Chambre de la Signature.

D’abord l’héritage grec. Au centre, nous retrouvons Platon débattant avec son élève Aristote. Le premier pointe le ciel et l’idéal, le second le sol et la réalité des contraintes qui nous entourent. À gauche, Alexandre le Grand en armure discute avec un Socrate en tunique verte. Dans le coin inférieur, nous retrouvons Pythagore et en face à droite, Euclide qui manie le compas. Ptolémée, l’un des pères antiques de l’astronomie, porte son globe terrestre, discutant avec Zoroastre sous l’œil malicieux du jeune Raphaël (25 ans au moment de la création de ce tableau) qui s’est incrusté lui-même dans la composition. Héraclite, mélancolique, semble atteint du syndrome de la page blanche tandis que Diogène est nonchalamment allongé sur les escaliers.

Grattons symboliquement (donc sans l’endommager) le chef-d’œuvre du jeune artiste. Et n’oublions pas sa malice. Raphaël inscrit ses contemporains dans la continuité des acteurs de cette fresque. Platon a le visage de Léonard de Vinci, Euclide prend les traits de l’architecte Bramante, Héraclite ceux de Michel-Ange.

Prenons du champ maintenant. Cette école se trouve dans un décor. Non, ce n’est pas un temple grec, mais bien un édifice romain, berceau du droit occidental que nous connaissons encore aujourd’hui.

Enfin, la composition de cette fresque est religieuse, rappelant celle du chef-d’œuvre de Léonard de Vinci représentant le dernier repas du Christ avec les Apôtres, La Cène.

L’héritage des cités grecques, le droit romain, la naissance de la liberté politique dans les cités de la Renaissance, l’Église, ce sont autant de révolutions qui ont été les piliers de la culture occidentale. L’École d’Athènes aurait fait une très belle couverture du livre que nous allons analyser aujourd’hui. C’est presque une synthèse.

Philippe Nemo, philosophe et professeur à l’ESCP Europe, propose de revenir dans son court essai sur l’histoire de l’Occident sans tomber dans « les pièges de l’essentialisme qui consistent à attribuer aux groupes humains une essence éternelle et incommunicable et un devenir endogène »2. Il se pose une question toute simple : Qu’est-ce que l’Occident ? Où commence-t-il ? Où s’arrête-t-il ? Qu’est-ce qui unit les pays qui se revendiquent de cette civilisation ?

L’auteur analyse cinq événements temporels ou spirituels, qu’il appelle des miracles, qui vont cristalliser cette notion d’Occident qu’il définit en première approximation comme « l’État de droit, la démocratie, les libertés intellectuelles, la rationalité critique, la science, une économie de liberté fondée sur la propriété privée »3.

Plongeons dans cette histoire intellectuelle riche qu’est celle de la civilisation occidentale.

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